Vous trouverez sur ce blog, au fil des jours et des mois, les oeuvres réalisées par le Maitre Calligraphe Shi Bo, ainsi que les stages qu'il propose, ses livres numérotés et autres parutions, ses commentaires ....... Que la visite vous soit un enrichissement.
L'administratrice : Sérénité'art

jeudi 11 mai 2017

A PROPOS DU NOMBRE DE TRAITS DES IDÉOGRAMMES CHINOIS - CONCOURS


Quand on commence à apprendre l’écriture des idéogrammes chinois, on entend toujours le maître recommander ceci : « N’oublie jamais que nos idéogrammes au nombre de plus de 50 000 se résument en 8 traits fondamentaux accompagnés de 8 trais composés ».
Cela ne veut pas dire que tous les caractères chinois ont 8 traits. En fait le nombre des traits des mots chinois est varié, partant d’un trait seulement jusqu’à 56 !
Regardons le mot qui a un seul trait :
Soit-dit en passant, en France on traduit couramment ce mot d’un seul trait « Trait Unique » qui est même le titre d’un gros livre traitant justement la calligraphie chinoise. Mais je dirais qu’il s’agit là d’un malentendu pour ne pas dire d’une mauvaise compréhension du chinois. Quant à moi, je le traduis « Trait Fondamental » qui sert de base à la constitution des autres mots chinois.

L’idéogramme le plus complexe a 56 traits. Selon les linguistiques chinois, c’est le mot chinois au plus grand nombre de traits.




Ce mot en carré se prononçant « biang » est utilisé dans le dialecte de la province du Shanxi pour nommer une sorte de grosses nouilles fabriquées par les paysannes et appréciées par les travailleurs aux champs.



Par cette occasion, je lance un appel à ceux qui trouveraient des mots chinois dépassant 56 traits : n’hésitez pas à me les signaler. Merci d’avance !
Fabrication des "biang"
Photos provenant du net.

CONCOURS :


J'organise à cette occasion un concours du mot "Biang" calligraphié.
Ceux qui veulent y participer pourront m'envoyer leur calligraphie de ce mot sur le papier de riz, je publierai cinq  meilleures calligraphies sur mon blog. Une modeste récompense garantie !

dimanche 30 avril 2017

PROVERBES 91 À 95

91 - 92

 91 锦囊妙计
jǐn náng miào jì
 : le brocart
 : la poche ; le sac ; le sachet
 : excellent ; remarquable
 : le stratagème ; le bon tour
Bons stratagèmes enfermés dans un sachet de brocart ; conseil sage pour faire face à toute situation imprévue
Note : se disait autrefois d’excellents stratagèmes mis dans un sachet de brocart qu’on sortira pour les exécuter en cas de péril ; aujourd’hui s’emploie au sens figuré : de bons tours dont on se sert pour résoudre opportunément des problèmes épineux

92  泾渭分明
jīng wèi fēn míng
 : la rivière Jing
 : la rivière Wei
 : diviser ; séparer ; la note
 : clair
Trancher comme les eaux des rivières Jing et Wei ; une démarcation nette entre le bien et le mal (entre le vrai et le faux) ; être tout à fait distinct

Note : Les rivières Jing et Wei se trouvent toutes les deux dans la province du Shanxi ( 陕西), les eaux de Jing sont claires et celles de Wei troubles. Quand la rivière Jing se jette dans la rivière Wei, ses eaux tranchent toujours sur celles de Wei.

93 - 94



93  开门见山
kāi mén jiàn shān
 : ouvrir
 : la porte
 : voir
 : la montagne 
On ouvre la porte et on voit tout de suite la montagne ; aller droit au but ; parler sans préambule (sans détours) ; y aller sans cérémonie ; ne pas tourner autour du pot
94 刻舟求剑
kè  zhōu qiú jiàn
 : graver ; sculpter
 : le bateau
 : chercher
 : l’épée

Vouloir chercher son épée tombée dans la rivière d’après le trait gravé sur le bord du bateau ; prendre des mesures sans tenir compte du changement de circonstances
Note : Dans le « lü shi chun qiu » ( « 吕氏春秋 ») au 3er siècle av. J.-C., un récit nous dit cette anecdote : un homme de l’Etat de Chu (楚国 ) qui se trouvait dans un bateau  laissa tomber son épée dans l’eau. Il s’empressa de graver un trait sur le bord du bateau pour marquer l’endroit où l’épée était tombée, en prévoyant qu’il irait chercher son épée d’après ce trait quand son bateau arriverait à sa destination.  Il ne trouva jamais son épée.
95

95 滥竽充数
làn yú chōng shù
 : abusivement ; excessivement
 : l’orgue à bouche
 : en guise de ; se faire passer pour
 : le nombre
Un mauvais joueur de flûte juste pour faire nombre ; prendre le premier venu pour faire nombre ; un profane en la matière qui fait le compétent
Note : Selon une fable de Han Fei (   280-233 av. J.-C.), le roi Xuan de l’Etat de Qi (齐宣王 ), qui aimait la flûte, voulut que trois cents joueurs exécutassent ensemble un même air. Un certain petit fonctionnaire, du nom de Nanguo (南郭 ) qui ne savait pas jouer de la flûte eut le courage de s’ introduire parmi les flûtistes pour faire nombre. Quelque temps après, à la mort du roi, le prince héritier voulut faire exécuter un solo à chaque musicien, le pauvre Nanguo paniqué s’enfuit à la hâte..
Parfois cette expression s’emploie aussi pour exprimer la modestie.

vendredi 21 avril 2017

MES EXERCICES CALLIGRAPHIQUES - 50



草樹知春不久歸
 百般紅紫斗芳妍

 L’herbe et les arbres savent que le printemps ne tarde pas à revenir
Les couleurs rouges et violettes rivalisent de beauté et de charme



vendredi 7 avril 2017

PROVERBES 86 À 90


86 et 87


86 

虎头蛇尾
hǔ tóu shé wěi
 : le tigre
 : la tête
 : le serpent
 : la queue

虎头蛇尾

Commencer par la tête du tigre et finir en queue de serpent ; finir (se terminer) en queue de poisson ; s’en aller en eau de boudin ; faire les choses à moitié

87
画龙点睛
huà lóng diǎn jīng
 : dessiner ; peindre
 : le dragon
 : le point ; mettre un point
 : l’œil
deux touches pour les yeux, et voilà le dragon dessiné qui s’anime ; donner de la vie en mettant la touche finale ; dernière touche pour animer toute l’œuvre ; entrer dans le vif du sujet
Note : D’après une légende au 6me siècle, Zhang Sengyou  (张僧繇 ), peintre des Liang (梁国 ), avait dessiné quatre dragons sur le mur d’un temple bouddhique sans leur avoir fait des yeux. Pourquoi alors ? Il répondit ainsi : « Si je leur donne des yeux, ces dragons s’envoleront. » Les amis présents y restèrent incrédules et le poussèrent vivement à ajouter des yeux aux dragons. Malgré lui, le peintre exécuta le conseil et à peine eut-il mis les touches finales aux yeux de deux des dragons que la foudre tomba, en faisant s’écrouler le mur. Alors les deux dragons aux yeux dessinés s’envolèrent vers le ciel, laissant sur le mur tombé à terre les deux autres sans yeux.


画龙点睛
88 
画蛇添足
huà shé tiān zú
 : dessiner : peindre
 : le serpent
 : ajouter
 : le pied ; la patte
Ajouter des pattes au serpent qu’on a dessiné/  c’est la cinquième roue d’un carrosse ; raconter un fait en y ajoutant du superflu
画蛇添足

89 - 90

89 - 黄粱一梦
huáng liáng yī mèng
 : jaune
 : le millet
 : un
 : le rêve ; le songe 
Le millet n’est pas encore cuit que le songe s’achève ; ce n’est qu’un château en Espagne ; n’être qu’un beau rêve
Note : Selon « Le Récit d’un Oreiller » («  枕中记 »),  roman de Shen Jiji (沈既济 ) de la dynastie des Tang (   618-907), un jeune lettré du nom de Lu  ( ), rencontra un jour dans une auberge à Handan (邯郸), Chine du Nord, un ermite taoïste à qui il raconta sa misère  et son grand désir de s’enrichir rapidement. L’ermite lui donna alors un oreiller et l’invita à dormir tête dessus. Il  parvint en songe à de grands honneurs et aux immenses richesses. Mais lorsqu’il se réveilla, seul le millet que l’hôtelier préparait fumait dans la marmite sans honneurs ni richesses

黄粱一梦 ou  黄粱美梦
90 - 解铃还须系铃人
jiě líng hái xū xì líng rén
 : dénouer ; détacher
 : la cloche
 : encore
 : avoir besoin de ; il faut
 : attacher
 : la personne
Que celui qui a attaché la cloche au cou du tigre la détache ; le nœud doit être dénoué par celui qui l’a fait ; puisqu’il a engrené, c’est à lui de moudre
解铃还须系铃人 
ou     解铃系铃

lundi 27 mars 2017

MES EXERCICES CALLIGRAPHIQUES - 48 - 49

Photo MSG.

48
Sur ce monde la meilleure limpidité est offerte par la belle orchidée
l’homme de sagesse a un esprit aussi ouvert que l’intérieur du bambou



世間清品至蘭極
賢者虛懷與竹同


49



     Le goût douceâtre vire obligatoirement à l’ amertume
   La laideur parfaitement singulière devient à coup sûr une beauté





甜到過頭尤覺苦
   醜臻怪處必為妍

mercredi 15 mars 2017

PROVERBES 81 à 85

                                                                            81
過河拆橋
guò hé chāi qiáo
 : passer ; traverser
 : la rivière
 : démonter ; détruire
 : le pont
Démolir le pont de la rivière après la traversée ; on presse l’orange et on jette l’écorce

82 -
 海內存知己
天涯若比鄰
hǎi nèi cún zhī jǐ   tiān yá ruò bǐ lín
 : la mer
 : l’intérieur
 : avoir
 : savoir ; connaître
 : soi-même
 : le ciel
 : le rivage ; la borne
 : comme
 : comparer
 : voisin
Malgré la distance qui les sépare, les vrais amis se sentent toujours proches ; un ami de cœur rapproche les pays lointains
Note : Ce proverbe est en fait deux vers du poème suivant de Wang Bo ( 王勃 ), poète de la dynastie des Tang :
Adieu à Du qui part pour ses fonctions à Shu 
La capitale et les palais sont protégés par les trois fiefs de Qin
Le vent et la brume cachent les cinq embarcadères de Shu
Je suis envahi par la mélancolie de notre séparation
Nous, deux fonctionnaires loin de notre terre natale
Les vrais amis, bien que séparés par monts et par vaux
Se sentent toujours proches
Ne nous attardons pas à la croisée des chemins
Ne mouillons pas nos mouchoirs comme les enfants


                                   83 - 害羣之馬
hài qún zhī mǎ 
 : nuire ; porter atteinte à
 : la masse ; un grand nombre de
 : de ; cela
 : le cheval
Mauvais cheval dangereux pour tout le troupeau ; brebis galeuse

                                     84 - 鶴立雞羣
hè lì jī qún 
 : la cigogne
 : debout
 : le poulet ; la poule
 : un grand nombre de
Une cigogne debout au milieu des poules ; un cygne parmi les canards ; d’une remarquable supériorité

                                85 - 狐假虎威
 hú jiǎ hǔ wēi
 : le renard
 : emprunter ; profiter de ; faux
 : le tigre
 : la puissance ; le prestige  
Comme le renard empruntant le prestige du tigre ; c’est l’âne couvert de la peau du lion ; utiliser la puissance d’autrui à des fins personnelles ; rudoyer les gens en profitant de la puissance d’autrui 

Note : Selon l’une des fables de l’Histoire anecdotique des Royaumes Combattants ( (战国策 , 1er siècle av. J.-C .) Un renard vint à être capturé par un  tigre qui s’apprêta à le dévorer. Le rusé compère lui dit alors qu’il était envoyé par l’empereur du Ciel pour être roi chez les animaux et il invita le tigre à le suivre pour faire un tour dans la jungle afin de voir comment les animaux seraient frappés de terreur à sa vue. Le tigre le suivit et effectivement à leur vue, les animaux se hâtèrent de s’enfuir, mais le tigre ignorait que c’était sa puissance qui faisait peur aux animaux.

dimanche 5 mars 2017

A PROPOS DE MON NID RUDIMENTAIRE - 2


....... Mais Liu Yuxi se contentait de son nouveau logement au bord de la rivière Desheng, il écrivit encore joyeusement deux vers sur la porte :

垂柳青青江水邊 
L’eau coule entre les digues verdoyantes sous des saules pleureurs
人在歷陽心在京 
Je vis actuellement à Liyang avec le cœur qui reste dans la capitale impériale

Le préfet était fou de rage et ordonna d’installer ce poète récalcitrant dans une minuscule maison d’une seule pièce située dans un village désert, très loin de la ville.
Optimiste et jovial, Liu Yuxi ne se lamentait pas de son nouveau logement qui ne pouvait recevoir qu’un lit, un tabouret et une petite table. Il exprima sa grandeur d’ âme dans un poème qui est devenu très célèbre : 
« 陋室銘 »  « Inscription à ma maison exiguë » 
Ce premier couplet est considéré par les intellectuels et ermites taoïstes comme principe de conduite et devise de vie. 


山不在高,有仙則名

La montagne, qu’elle soit haute ou pas, est célèbre quand elle est fréquentée par un Immortel
水不在深,有龍則靈
L’eau, qu’elle soit profonde ou pas, est sainte quand elle est habitée par un dragon
Devant l’ouverture d’esprit de Liu Yuxi, je me sens tout petit, j’ai encore beaucoup d’efforts à faire pour suivre son exemple.

dimanche 26 février 2017

A PROPOS DE MON NID RUDIMENTAIRE - I -


Tous ceux qui me fréquentent savent que j’habite un petit studio exigu et vieilli dans le beau quartier de Montparnasse. Depuis plus de quinze ans, je m’y sens bien à l’aise, je le considère intimement dans mon esprit d’ermite solitaire comme mon « nid » douillet et pratique. Je ne sais plus combien de livres et d’œuvres de calligraphie sont nés dans le silence et dans la douceur que m’offre généreusement ce « nid » rudimentaire.
Mais il arrive que de temps en temps l’attitude de certains de mes élèves me gêne pour ne pas dire: me fait  de la peine.
Il y a huit ans, après cinq cours avec moi, une élève refusait de continuer à venir chez moi, uniquement à cause de mon logis « trop petit et trop délabré »  - Sic. Son air hautain  m’a profondément blessé pendant longtemps.
Une autre élève croyait nécessaire de pointer sans cesse du doigt les installations de mon « nid », je sentais bien que le logement l’indisposait. Enfin elle a fini par arrêter ses cours avec moi…
Une autre élève m’a déclaré ceci : « Attirée par votre grande célébrité, je viens chez vous chercher la beauté, mais ici tout est vieilli, aucun confort… » . J’ai stoppé rapidement les cours avec elle .
Toutes ces réactions  provoquent des remous dans mon esprit en me donnant un goût amer car cela me rappelle mes dix années en prison pendant la Révolution culturelle de Mao : sur la mi-pente de la montagne Zhongtiao - province Shanxi - un vieux temple envahi par des araignées et des serpents, sans fenêtres, aux murs à moitié effondrés, où j’ai subi d’innombrables attaques d’insectes et les intempéries sans parler des brutalités infligées allègrement par deux jeunes gardes rouges. Avec cette expérience de vie douloureuse, je me sens bien protégé, bien à l’aise dans mon « nid » actuel, je suis maître de moi, de mon âme et de mon temps : je sens que ce minuscule univers m’appartient entièrement… Que demander de plus !
J’offre à ceux qui ne me comprennent pas ces deux vers qui cristallisent mon état d’esprit :

                 君不見五尺斗室簡與陋


Votre honneur, vous ne comprenez pas ce logis exigu et rudimentaire
君不知古稀幽人安且樂


Votre honneur, vous ne voyez pas que ce vieil ermite s’y sent en sécurité et heureux
L’incompréhension de certains élèves à propos de mon logement me rappelle aussi le célèbre texte du grand poète de la Dynastie des Tang  Liu Yuxi 刘禹锡 ( 772 – 842 ). 
Ce haut fonctionnaire érudit participa à un groupement de grands intellectuels réformistes de la capitale impériale, mais le clan des conservateurs jouissait de l’appui de l’empereur. La tentative des réformistes fut écrasée. Liu Yuxi fut relégué dans le district Hezhou, province de l’Anhui, en tant que conseiller juridique. Le préfet du district lui accorda une maison de trois pièces en périphérie du chef-lieu, au bord d’une rivière. Liu Yuxi ne s’y sentait pas isolé, bien au contraire, il prenait beaucoup de plaisir dans cet isolement. Il apposa deux vers poétiques sur les deux battants de la porte de sa nouvelle maison :

                                                  面對大江觀白帆

Face à ce grand fleuve j’admire des voiles blanches




身在和州思爭辯 
Installé au district Hezhou je pense aux débats politiques.
Mécontent de cette insolence, le préfet ordonna de déménager le conseiller juridique dans une petite maison à deux pièces, encore plus loin de la ville.
                                                                                     (suite dans le prochain post.......)